La filière viande française est en crise. Les responsables de cette crise qui m’accablent depuis une semaine de tous les maux sont, bien entendu, ceux qui avaient les moyens, durant cinq ans, de changer la situation dramatique des éleveurs de porcs et de bovins, de moderniser nos abattoirs, d’informer et de protéger les consommateurs.
Pour protéger les prébendes de leurs amis distributeurs ou industriels, Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire, son ministre de l’Agriculture, ne l’ont pas fait. Face à la légitime colère de nos concitoyens, ils en sont réduits à s’appuyer sur la communication bien rodée d’une interprofession dévoyée, plus soucieuse des intérêts des industriels et des distributeurs que de ceux des éleveurs, alors même que la Chambre d’agriculture d’Ile de France a confirmé que toute la viande abattue dans cette région est halal et casher.
Le halal et les arrangement commerciaux qui l’accompagnent (les bas morceaux valorisés dans le circuit halal, le reste de la carcasse remis dans le circuit classique) ne sont que le sommet de l’iceberg : étiquetages insuffisants, situation sanitaire des abattoirs dénoncée par la Cour des comptes en 2008 – dans un rapport que personne n’a osé rendre publique –, risques sanitaires liés à l’abattage dit rituel tel qu’il est pratiqué en France, éleveurs floués et consommateurs volés.
Un exemple parmi d’autres : qui, en déchiffrant les étiquettes, comprend que son rôti n’est pas un rôti de bœuf mais un morceau de vache de réforme ? Qui sait que seuls 8% de la viande de « bœuf » commercialisée en France sont vraiment de la viande de bœuf ? Quant au marché de la vache de réforme, il doit être lucratif puisque nous en importons d’Allemagne !
Qui sont les perdants d’un tel système ? Les éleveurs qui mettent trois ans à produire un bœuf et ne parviennent pas à en tirer un prix rémunérateur. Les artisans bouchers, qui commercialisent du « vrai » bœuf et souffrent de la concurrence des grandes surfaces qui bradent de la « viande bovine ». Les consommateurs, qui ne comprennent pas que l’hypermarché du coin fait une marge supérieure à celle du boucher de quartier en lui vendant une viande bas de gamme gorgée d’eau.
Qui sait que notre filière porc décline, principalement en raison de coûts d’abattage supérieurs à ceux de nos voisins, qui en profitent chaque année pour conquérir de nouvelles parts de marché en France ?
Aux artisans bouchers, je dis : vous êtes les premiers à demander des étiquetages plus précis et à souffrir de la concurrence des hypermarchés. Le moindre doute sur la qualité de la viande, et c’est votre chiffre d’affaire annuel qui plonge. Exigez la transparence, vous y gagnerez. Récemment, les artisans bouchers d’Ile de France ont demandé au « gouvernement français et au parlement européen de mettre en place un étiquetage obligatoire mentionnant le mode d’abattage afin que les professionnels et les consommateurs ne soient plus victimes d’un système et puissent acheter en toute transparence ».
Les hypermarchés seront forcés d’avouer qu’un tournedos de viande bovine n’est pas un tournedos au sens où les consommateurs l’entendent… Levez tous les doutes concernant les risques sanitaires, ils vous desservent, même si vous assurez parfaitement le suivi de votre marchandise.
Aux éleveurs, je dis : vous êtes les premiers à savoir que votre bétail n’est pas seulement de la viande sur pattes ou un quelconque produit industriel. Si vous vous donnez du mal, ça n’est pas pour infliger une fin aussi lamentable à vos bêtes. Étouffés entre les augmentations sans fin du prix de l’aliment et les pratiques déloyales de l’industrie et de la grande distribution, ne cautionnez pas les mensonges d’une interprofession, dont vous êtes les premières victimes. Exigez la transparence et ne laissez pas les maillons défaillants d’un système ternir votre métier et menacer sa pérennité.
Enfin, aux abattoirs, je dis : vous subissez une restructuration sauvage de votre métier. Entre vétusté, pratiques opaques et marasme économique, votre situation est intenable. Éleveurs comme consommateurs, nous avons besoin d’abattoirs de proximité et de grands abattoirs : donnons-nous en les moyens !
Car, au final, à qui profite la situation actuelle ? Aux éleveurs ? Sûrement pas. Aux artisans bouchers ? Non plus. Pas même aux abattoirs finalement. Les seuls gagnants sont les industriels de la transformation et, plus encore, la grande distribution qui commercialise chaque année 80% de la viande bovine, 70% de la viande de veau, 93% de la viande ovine, 84% de la viande de porc…
Je ne suis pas une menace pour vos professions.
Bien au contraire,
je veux apporter des solutions concrètes à vos problèmes avec :
1/ Un plan d’aide à la modernisation des abattoirs pour conserver un maillage suffisant de sites fiables et assurer la qualité sanitaire de toute la viande commercialisée dans notre pays.
2/ Un système d’étiquetage plus transparent : lieux et mode d’abattage, race, etc.
3/ Un plan « bœuf » comprenant un renforcement des labels de qualité afin de mettre fin à la confusion entre bœuf et viande bovine, l’interdiction d’importer des vaches de réforme (carcasses ou vivantes) et des aides spécifiques au développement de ces filières.
4/ Un renforcement des taxes d’importation sur les viandes à bas prix comme l’agneau de Nouvelle-Zélande.
5/ Un contrat « cuisine française » dans la restauration afin d’encourager les restaurateurs à se tourner vers les productions locales, les boucheries ou les semi-grossistes plutôt que vers la grande distribution et les géants de la restauration. La cuisine française, c’est cuisiner des produits français de qualité.
6/ L’instauration d’un prix minimum qui prenne en compte tous les coûts de production afin d’interdire les ventes à perte et le dumping.
7/ L’autorisation de la vente de gré à gré entre producteurs de céréales et éleveurs.
8/ Et, bien entendu, un encadrement très strict des pratiques de la grande distribution avec, entre autre, l’interdiction des marges arrières.
Sources : Chiffres du CIV pour
2005 et ceux de
2011